lettre ouverte des psychologues

Depuis plusieurs années, notre département s’engage dans un vaste plan de réorganisation des services.

Le pôle solidarité s’en trouve particulièrement affecté notamment ses derniers mois où il a vu une politique drastique de réduction de ses effectifs socio-éducatifs et aujourd’hui de ses cadres sans que cela soit organisé d’une quelconque manière.

Un seul mot d’ordre de la direction : « Organisez-vous au sein de votre territoire », c’est-à-dire concrètement aller demander aux autres services (ASE, EDAS, PMI) – tout aussi en difficulté – de se défaire « temporairement »de leurs effectifs afin d’assurer des missions pour lesquelles ils ne sont pas formés. Le pluridisciplinaire se confond maintenant avec la polyvalence et fait de chaque fonctionnaire – recruté sur titre, rappelons-le – un travailleur lambda remplaçable à merci sans se prévaloir ni de sa formation, ni de ses compétences encore moins de ses souhaits de carrière. Quant à l’impact sur l’usager et du service qui lui est rendu, la question ne se pose visiblement pas en terme de qualité mais uniquement de quantité : son temps d’attente, le temps de réponse qui lui est apporté, le nombre d’entretien qu’il aura obtenu…

Malgré de multiples alarmes et alertes de ses fonctionnaires sur des conditions d’exercice qui mettent les missions, les travailleurs et les usagers en difficulté et en grande souffrance, la direction fait la sourde oreille et persiste dans sa logique comptable et revancharde vis-à-vis du gouvernement qui propose à une autre échelle ce que notre Département met déjà en œuvre depuis quelques années avec le 78.

Récemment, nous apprenons, par les faits – et non par une déclaration en bonne et due forme – que les postes de cadres sont gelés jusqu’à nouvel ordre. Certains services sont à genoux, sans REASE, sans Chef de service, sans adjoint et bientôt sans psychologue !

En effet, depuis mi-décembre 2017 des lettres de non renouvellement de CDD de psychologues fusent sur les STASE et les PMI et ce malgré les demandes faites par les chefs de service pour le maintien de ces postes et de ces salariés.

Le renouvellement des départs à la retraite de plusieurs collègues n’est évidemment pas prévu, et nous apprenons qu’une nouvelle organisation du travail a d’ores et déjà mise en œuvre la réduction, grâce à un savant calcul, de 30% du nombre de psychologues sur la PMI !

Le Département ne se cache même plus derrière la Loi – bafouée pourtant pendant des années… – qui n’autorise qu’un seul renouvellement d’1 an, comme ils l’ont fait valoir l’an passé. Non ! Aujourd’hui des collègues se voient remerciées à la fin de leur 1er contrat d’un an ou de leur détachement, sans même attendre la possibilité de concours du mois de janvier 2019 qui n’a lieu pour les psychologues que tous les 4 ans !!!

Dans le même temps, nous apprenons, en off – mais cela semble être le canal privilégié de la sacrosainte Communication au sein de ce Département – un travail de recherche sur la possibilité d’externaliser la fonction Psy et les missions qui lui sont rattachées comme cela peut se faire ailleurs. Bien plus, alors que nous n’en avions que de vagues échos, cette question va être officiellement abordée lors du Conseil Technique du 7 mars 2018 sous un motif pour le moins fallacieux : « Compte tenu d’un rendu tardif des rapports judiciaires du fait d’une couverture non-homogène sur le territoire des psychologues… » ! ! ! Entendez bien : s’il y a du retard dans le rendu des rapports aux Juges des Enfants c’est de la faute des psychologues et c’est d’autant plus vrai parce qu’ils sont mal répartis sur le territoire.

Au-delà de l’ineptie d’un tel propos non argumenté, sa logique absurde se poursuit : « Donc on ne renouvelle pas les psychologues. » !

Mais le point d’orgue n’est véritablement atteint que lorsqu’une vraie proposition est faite et soumise au prochain CT pour pallier à ce problème : « C’est pourquoi nous allons désormais travailler avec des psychologues libéraux sous prestations ou vacations avec un contrat d’engagement tant au niveau des délais que de la prestation fournie. » ! Une rigueur de l’argumentation qui laisse pantois mais qui en dit long aussi sur l’idée que se fait notre Direction de notre rôle et de notre fonction : le psychologue est désormais réduit à un service dont la qualité de la prestation peut être assurée par un contrat d’engagement très proche du fameux contrat confiance proposé par Darty !

Voilà une belle démonstration de la manière dont sont prises par nos responsables – responsable de quoi mise à part d’un portefeuille ? La question peut se poser – des décisions qui ne s’encombrent plus ni de la logique, ni de la simple rigueur argumentative pour présenter et voter des orientations qui jouent sur la vie des services, des salariés (fonctionnaires ou pas), des familles et des enfants…

Sans psychologue sur un service ce sont des missions spécifiques qui ne sont plus remplies, missions inscrites dans le code de l’action sociale et des familles qui précise et oblige d’ « apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique, tant aux mineurs et à leurs familles […] »Article L221-1.

Des missions d’accueil de la souffrance psychique et de la prise en compte de celle-ci dans tout le circuit institutionnel d’une famille : des entretiens préliminaires à l’évaluation jusqu’à la proposition d’une orientation et de sa mise en œuvre ; de l’accompagnement des enfants placés au travail de lien et/ou du retour à domicile avec les parents ; d’un nécessaire éclairage théorique des équipes à l’indispensable travail en réseau…

Soutien, éclairage, travail de réflexion, sont des missions qui nécessitent une proximité, une confiance et une disponibilité de tous les instants auprès des équipes et qui ne peuvent pas se délocaliser sans de graves conséquences pratiques et éthiques.

Mais nulle morale, nulle éthique, dans les décisions actuelles, seulement une logique du chiffre et de la rentabilité d’un service public qui n’a plus que son nom pour lui rappeler à qui il doit des comptes.

Un psychologue du département

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